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Accueil Tourisme Folklore et Carnaval Le Carnaval 550e Cwarmê

550e Cwarmê

Depuis les premiers âges, partout dans le monde, l'être humain vivant en société a éprouvé le besoin de manifester ses peurs, ses peines, ses espoirs, ses joies. L'expression collective de ses  sentiments l'a probablement rassuré face aux forces occultes de la nature et a soudé la cohésion des premières communautés. Elles y ont associé le feu purificateur et protecteur et ont progressivement codifié des rites liés aux données sociologiques et géographiques. Certains sont arrivés jusqu'à nous, évoluant au cours des siècles mais chargés de bien des poussières de notre histoire.

Carnaval: carnis + levare
A Rome, lors des Lupercales: 15 février, on célébrait l' entrée  dans une année nouvelle.   Elles suivaient les Saturnales, fêtes de la liberté, fin décembre . Les esclaves devenaient les maîtres et inversement...
On servait du cochon de lait dans des banquets qui donnaient lieu à de véritables ripailles.

Ces fêtes antiques ont pu être introduites progressivement chez nous, sûrement avec des variantes, se mélangeant avec des coutumes celtiques.
Petit rappel historique
648 - 650: fondation des abbayes de Malmedy et Stavelot par le moine Remacle. Ce sont les dates officielles  de naissance des deux villes. Elles marquent la création d'une principauté indépendante qui durera jusqu’en 1795

Les coutumes dites païennes (dans le sens noble : du pays) ont été reprises par le pouvoir politique devenu chrétien à Rome sous Constantin, puis par l’administration franque, convertie au catholicisme depuis Clovis.
Le concile de Nicée a déterminé un calendrier religieux remplaçant les anciennes fêtes romaines. C’est ainsi que la date de Pâques a été fixée selon la règle suivante : c’est le premier dimanche qui suit ou qui coïncide avec la première pleine lune après le 21 mars (marquant le début du printemps).

Un peu partout en Europe, ces coutumes ont été conservées : on mangeait de la viande avant le carême, on se déguisait en inversant les rôles sociaux et familiaux, on brisait les tabous.
Ces quelques lignes tirées d’un document d’archives daté du 25 juin 1459 font référence aux lundi et mardi du " Quarmae ". Elles attestent l’existence de ces manifestations festives anciennes, puisant leur sève dans le substrat culturel commun à bien des peuples. Ce qui me fait oser dire que Malmedy ne fête pas son 550e Cwarmê, mais au moins le 1550e !

Malgré la réticence des Princes-Abbés, le carnaval a perduré au fil des siècles. Les rares documents qui y font mention sont des interdits ou des relations de faits divers qui s’y rapportent.
1666: récit d’un accident survenu à une jeune fille dont le masque de lin avait pris feu
1695: première interdiction connue de fêter le carnaval  Sous les différents régimes, les Principautés de Liège et de Stavelot-Malmedy, le Duché de Bouillon, ont maintenu leur statut de relative indépendance
Les interdits se sont succédés au 18e siècle.

Mais quelles autres preuves que les documents écrits avons-nous de l’ancienneté du carnaval de Malmedy ?

Des preuves dans les traditions. Citons en quelques-unes. D'après le calendrier religieux, le carnaval débute à l'Épiphanie (le 6 janvier), date qui marque la fin des fêtes de Noël et s'arrête le mardi gras, veille du début de la période de carême. Les 4 jeudis-gras sont la survivance de cette tradition.

Le trouv’lê. A ne pas confondre avec les princes de tradition rhénane. Comme dans certains carnavals de Suisse (Sion) , d’Europe centrale ou même d’Outremer, les groupes de jeunesse avait leur " roi ", un chef responsable de l’organisation et du maintien de l’ordre.

En effet, les carnavals d’antan étaient bien plus rudes qu’aujourd’hui et les mains entravées de la djoupsène, chapardeuse impénitente, nous le montrent bien.

L’inversion des rôles, aux saturnales romaines comme aux fêtes médiévales, sont illustrées par le geste de la haguète, " réglant ses comptes " , sous le couvert du déguisement, avec un maître peut-être trop dur qui doit se plier, de bonne grâce ou non, à l’injonction d’un inférieur.

Comment ne pas associer la tradition de faire bombance, avec le partage de la salade russe, que l’on prend avec tout un chacun, familier ou de passage. Nos anciens y mettaient tout des ingrédients qui se pouvaient conserver jusqu’à cette période.

Les seuls comédiens que voyaient nos ancêtres devaient être de modestes artistes de passage, imitant ceux , bien connus, des théâtres italiens. Les rôles du lundi, joués sur des scènes ambulantes, sont la survivance d’une volonté d’imiter ces baladins.

Le feu qui rassemble, réchauffe et purifie est présent dans la plupart des célébrations sacrées depuis les temps les plus anciens. Le bonhomme carnaval est sacrifié, l’année nouvelle va bientôt pouvoir s’installer, l’on passe des ténèbres à la lumière.

Le carnaval de Malmedy n’est pas une création moderne. Il se déroule entièrement en wallon, la langue du peuple. Le Cwarmê est un carnaval de Wallonie, mais un des rares(sinon le seul) qui soit exclusivement d’expression wallonne.

L’on verra encore bien des poussières d’histoire, tombées depuis le  Moyen-âge jusqu’au début du XXe siècle, sur les costumes traditionnels, au nombre de quinze, et à travers leurs attributs.
Le vèheu ou putois, avecgrelots, bonnet hongrois et vessie séchée fait allusion à un jeu ancien déjà mentionné par Brueghel l’Ancien.

Les sotês, nains ou nutons, sont présents ici comme dans de nombreuses légendes ardennaises. Ils habitaient, selon la tradition orale encore bien vivante, les modestes grottes de Bévercé et ne sortaient la nuit que pour rendre de menus services aux habitants.

Le happe tchâr, ancien objet répandu jadis, ayant servi à de multiples usages, et entre autres à dépendre les viandes suspendues au-dessus des cheminées, l’aigle bicéphale du Saint empire germanique, mais aussi emblème des drapiers malmédiens, les plumes d’autruches ayant remplacé celles de volailles.

Coiffée du bicorne, la " grosse police " rappelle l’époque française (1795-1815). Comme le tambour de la garde, elle annonce les événements officiels, mais en agitant sa cloche, son " clabot ", comme on le faisait encore jusqu’à la moitié du 20e siècle.

Pierrots et arlequins, devenus pièrots èt hârlikins, se différencient de leurs cousins italiens par de menus détails mais ont gardé leur jeu.

Faute d’iconographie disponible, la représentation des " étrangers " n’ était qu’une interprétation facétieuse des récits des lectures ou des rares voyageurs . Les lointaines Afrique et Amérique effrayaient et faisaient rêver.

On se moquait sans pitié des différences et des particularités physiques. C’est l’origine du clown et de ses variantes malmédiennes : Longs-nés, longs-bras, longs-ramons, grosses têtes. Ici aussi, plumes de paon, balai de genêt, sarrau sont empruntés aux usages du passé.

Les métiers étaient souvent sources de peintures satiriques. Le grand nombre de jeux anciens recensés depuis le Moyen-Âge qui s’y rapportent attestent ce fait.

Succédant aux groupes de jeunesses (bânes)  après 1815, à l’époque prussienne de Malmedy, se sont constituées les premières sociétés structurées.

  • 1836: Les Fidèles Disciples de Momus
  • 1847: La Société Bourgeoise
  • 1846: L’Écho de la Warche
  • 1847: L’Union Wallonne
  • 1866: La Malmédienne
  • 1874: La Fraternité

Il faut noter le caractère wallon et francophone maintenu malgré le changement de nationalité !

En ces temps déjà plus proches de nous, ces sociétés organisaient leurs réjouissances indépendamment les unes des autres.

Comme le disait un journaliste de la RTBF l’année passée, nos festivités carnavalesques apparaissent bien compliquées. Cela s’explique par la diversité des origines des usages qui sont remontés jusqu’à nous depuis la nuit des temps et prouve assez que le Cwarmê n’est pas une opération commerciale, mais bien une synthèse vivante de ce qu’on pu être les carnavals en Europe. Et c’est à ce titre qu’il mérite d’être regardé, étudié, protégé et surtout vécu !

Et si le Cwarmê a le mérite de garder vivant un large patrimoine, protégé probablement par l’isolement historique et géographique de Malmedy, il garde aussi un œil de devin sur le futur. Pour preuve, l’année passée, on sentait déjà bien que le vice-premier était prêt à jeter son orange bleue...

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